Une autre pièce de théâtre, mais cette fois-ci très spéciale: un spectacle de Nô japonais !
Dans le cadre du festival de l’Imaginaire (drôle de nom pour ce festival dédié aux cultures du monde entier), la Maison des Cultures du Monde recevait pour quelques représentations seulement une authentique troupe japonaise de Nô, quittant pour la première fois leur chère patrie afin de montrer aux Occidentaux de quoi ils sont capables.
Le spectacle n’a duré qu’une heure, les responsables ayant décidé de retrancher pas moins de 45 minutes afin de mieux correspondre aux intérêts occidentaux (!). On peut comprendre un peu par contre, du fait que l’action – sommaire – n’est pas le principal moteur du spectacle : un jeune seigneur revenant de la chasse croise dans la montagne une dame accompagnée de ses servantes venues admirer les couleurs des feuilles automnales. La dame invite l’homme à venir dans son campement, lui donne à boire et à manger et danse même pour lui, ce qui le fait entrer dans un sommeil profond. Le dormeur reçoit alors la visite d’un dieu, qui l’avertit que la femme n’est autre qu’une démone et qui lui remet une épée magique pour l’éliminer. À son réveil, le guerrier combat la créature infernale (car elle en était bien une !) et la tue en lui coupant les bras et la tête. Que ça lui serve de leçon !
Plus que l’histoire, c’est la manière qu’ils la présentent qui est intéressante. D’abord, il faut savoir que ce spectacle n’était pas dans la lignée de Nôs conventionnels (représentés officiellement par seulement 5 familles au Japon, rappelons-le !). Non, ce spectacle était spécial puisqu’il était joué par des amateurs venus d’un village bien éloigné des centres urbains nippons. À chaque début d’année, ce village fête pendant un mois en faisant plusieurs rituels, danses et prières, puis terminent les festivités par un spectacle de Nô dédié à leur divinité locale. Les hommes du villages – paysans, marchands et autres – se réunissent donc dans la ferme de l’un d’entre eux pour faire ce spectacle-prière. Les acteurs, les assistants, les musiciens et les chanteurs du choeur : tous ne sont que de simples hommes jouant leur rôle dans le spectacle, un peu comme nous le faisions nous-même auparavant lors des messes des fêtes chrétiennes. Un seul d’entre eux se consacre toute l’année au Nô: c’est Kobayashi, le fils de la lignée familiale responsable depuis le début de cette tradition (seulement quelques siècles !) de créer le spectacle, de recruter les membres de la troupe, de les former, etc.
Vous comprendrez donc que ce à quoi j’ai assisté est assez loin des autres pièces que j’ai pu voir jusqu’à maintenant ! Prenant énormément leur temps, les acteurs n’ont commencé à jouer qu’après que la scène ait été purifiée par des prières et une offrande de saké divin. Ensuite, chaque étape du spectacle – l’arrivée des musiciens, du choeur, des assistants, des morceaux de décor puis des comédiens, le spectacle en tant que tel puis la sortie en sens inverse de tout ce beau monde - est séparée par des moments de silence pieux. Des assistants sont présents pendant tout le spectacle afin d’apporter des bancs, enlever des accessoires inutiles, rajuster les vêtements colorés des acteurs… Complètement à l’extérieur de l’histoire qui est en train de se jouer, on accepte néanmoins rapidement leur présence et bientôt on ne fait plus attention à eux. Spécial !
C’est pour cela que je suis venu à Paris. Toucher à des nouvelles formes de pensée et expérimenter l’original. Je suis servis !
6 Commentaires actuellement
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C’est un rêve pour moi d’assister à du théâtre Nô…j’en ai des frissons. Merci de si bien partager ton expérience…ça alimente ma créativité et fait ressortir des idées mises de côté.
Commentaire par virginie 15 mars 2008 @ 11:03Ah ben, mon chanceux, un spectacle de Nô japonais (euh, du nô, c pas par définition japonais?).
Commentaire par GnafronVince 16 mars 2008 @ 3:52Et, en passant, merci pour tous ces magnifiques contre-rendu d’aventures. Tu nous fait rêver, Guillaume-san. Autant ça doit être des expériences tellement extraordinaire pour toi, autant c’est toujours un plaisirs délectable de lire cela.
domo harigato, cher, et profitez au maximum de votre jeunesse.
Bon. C’est dans la section vraiment chouette du Nô que je te donne des nouvelles récentes de mes auditions.
Commentaire par anniekimtheriault 20 mars 2008 @ 1:39Dans la boîte aux lettre, hier, il y avait une enveloppe du Conservatoire : un refus, assurément, comme je l’avais dit à tous mes proches. Eh bien figure-toi donc que je ne dirai plus jamais que je suis sûre et certaine d’une chose… Si le Conservatoire m’invite bel et bien en 2eme audition, c’est que tout, dans ce pauvre monde, est possible!
Ma réaction : euh… rire aux larmes, des chaleurs et beaucoup de difficulté à tenir sur mes deux jambes. On a tellement pensé à toi, Guillaume! Finalement, maman m’a assuré que tu serais très content pour moi. Alors maintenant, t’es obligé de l’être!!
Je ne le réalise toujours pas. J’organise avec Jaëlle et mon coach la reprise de nos répétitions (que nous avions interrompues le temps de savoir ce qu’il en serait du Conservatoire et de l’ÉNT), mais c’est quand même difficile à réaliser complètement. Comme je le dis souvent : “J’comprends rien!!” Je vais passer cette fois devant tout le corps pédagogique du Conservatoire, c’est-à-dire devant Raymond Cloutier, Claude Poissant (pff! déjà fait!), Gilbert Sicotte, Benoît Dagenais…! In-cro-ya-ble.
Te donne des nouvelles de l’ENT dès que j’en ai.
Vive le théâtre japonais!
J’ajoute que malgré le fait que la chance me sourit ici, je ne cesse de suivre tes aventures en t’enviant. C’est fou, tout ce que tu vois! J’aimerais qu’on se prévoit un voyage ensemble, un jour. Tu me diras ce que tu en penses!
Commentaire par anniekimtheriault 20 mars 2008 @ 1:46Bonsoir ^^
Voilà, en faisant des recherches sur le théâtre nô, je suis tombée sur ton site. On dirai que tu t’y connais en art nippon (ou du moins, pour ce qui est du nô), alors si ça ne te dérange pas, j’aimerai te poser quelques questions :
- D’abord, connais-tu des livres, films, ou autres références qui pourraient me donner un maximum d’informations sur cet art ?
- Ensuite, serait-il possible que tu me dises quels genres d’objet on trouve sur une scène de théâtre nô ?
- Pour finir, as-tu une idée de comment sont meublé/décoré/agencés les coulisses du nô ?
S’il est possible que tu me répondes par mail, je t’en serai très reconnaissante.
Amicalement.
Commentaire par Chloé 31 mars 2009 @ 1:22Chloé.
je cherche des enregistrements de nô
Commentaire par roure 3 avril 2010 @ 6:20