Guillaume à Nanterre


Vie et Destin à la MC 93
16 mars 2008, 9:14
Classé dans : France, Spectacle

Après le Japon, la Russie !

Décidément, j’ai eu raison d’aller à Paris.  Non seulement pour voir des pièces françaises, mais aussi des pièces de cultures aussi lointaines qu’inspirantes.  Et c’est ce que j’ai fait encore hier à la Maison de la Culture de Bobigny (ou MC93 pour les branchés).

 Vie et Destin de Vassili Grossman

Vie et Destin, une adaptation du roman-fleuve de Vassili Grossman, brave auteur à l’intention avouée d’écrire rien de moins que le Guerre et Paix du XXe siècle en prenant comme histoire la deuxième guerre mondiale et la montée du stalinisme vécue par l’intelligentia russe.  Une pièce russe (en collaboration avec le théâtre Maly de Saint-Pétersbourg) montée par un metteur en scène russe (Lev Dodine, qui a signé aussi son adaptation à la scène) et interprétée par des comédiens russes (une vingtaine !).  Vous comprenez donc que les acteurs parlaient aussi en russe, des surtitres en français aidant les pauvres spectateurs francophones à comprendre ce qu’ils pouvaient bien dire.   

 La pièce avait une ampleur dostoïevskienne, avec ses innombrables acteurs, sa durée marathonienne (3h15 avec l’entracte), ses multiples histoires parallèles et surtout la terrible condition de tous ces personnages écrasés par l’Histoire et devant se fier à leur instinct de survie pour s’en sortir.  Il faut mentionner que tout n’était pas toujours palpitant, que bien sûr des longueurs se glissaient entre les moments forts et que la langue étrangère à nos oreilles rendaient plus lente notre compréhension du drame qui se jouait devant nous.  La mise en scène était cependant bien ficellée, permettant de faire jouer plusieurs scènes en simultanée sans qu’on s’y perde et rendant très efficacement l’idée qu’au fond stalinisme et fascisme reviennent au même quant à la répression antisémite et au terrible climat social qu’elles instaurent. 

La Shoah telle que décrite par Vie et Destin

Pour arriver à recréer sur scène tout ce pan d’Histoire, Lev Dodine n’y est pas allé de main morte.  Ayant choisis ses comédiens minutieusement, il a pris cinq ans pour répéter la pièce (délai totalement impensable dans nos compagnies théâtrales !), les a forcés à s’informer énormément sur ce moment de l’Histoire et a même emmené sa troupe dans les camps d’Auschwitz et les goulags de Sibérie afin qu’ils vivent ce que leurs personnages ont vécu.  Sur scène, ça fait une pièce véritablement stanislavskienne, où les comédiens recréent ce qu’ils ont expérimenté lors de ces moments forts de leur vie.  Et c’est l’une des premières fois que l’antisémitisme et la Shoah sont montrés sur une scène russe (puisque la pièce a bien sûr été jouée en Russie l’année dernière).  Comme quoi le théâtre peut encore être formateur et briser des tabous à quelque part… 

Un article intéressant de L’Express qui parle de cette pièce : http://www.lexpress.fr/mag/arts/dossier/theatrechronique/dossier.asp?ida=455240&p=1


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