On a des rêves dans la vie qu’on réussit parfois à réaliser… ben là moi je viens d’en rayer un autre de ma liste !
Tout juste de retour des Alpes, je me lançais dans un autre type d’heureux périple: un spectacle de 7 heures au théâtre du Soleil. Cette compagnie, dirigée depuis sa création par l’innébranlable Arianne Mnouchkine, s’est installée depuis 1970 dans la Cartoucherie du Bois de Vincennes, une ancienne usine à cartouches de fusil recyclée après la guerre en une sorte de ville du théâtre, peuplée de grands hangars hébergeant au moins 5 compagnies différentes (comme quoi dans la vie tout ne tourne pas toujours vers le pire…). Devant la porte du bon hangar, un gros homme barbu me demande mon billet et me le redonne après l’avoir déchiré. Ce que je découvrirai plus tard, c’est que cet étonnant portier n’est nul autre que Jean-Jacques Lemêtre, le musicien atitré de la troupe depuis plus de trente ans et qui impressionne autant avec sa grosse barbe blanche qu’avec ses instruments inusités issus de cultures lointaines. Je peux maintenant entrer dans l’un des théâtres les plus formidables du monde… Je vous invite à découvrir aussi ce théâtre grâce à cette visite virtuelle. D’abord la grande salle d’entrée est l’endroit où se trouve la librairie, le bar-restaurant, la tente où sont rangés les décors de la pièce et surtout la loge des comédiens ouverte aux spectateurs (un simple voile blanc troué crée un minimum d’intimité et permet de jeter un coup d’oeil aux acteurs qui se maquillent et qui se concentrent en vue du spectacle à venir). Ensuite, quand le moment est venu, on se déplace dans la salle de spectacle, qui se trouve cette fois-ci à former une sorte d’arène où la scène est un couloir séparant l’endroit où s’assoit les spectateurs en deux estrades face-à-face (regardez les photos de la visite virtuelle pour mieux comprendre). C’est donc sur cette «table d’autopsie», cette «arène», cette «loupe» que se déroule le spectacle.
Les Éphémères se compose en fait de deux «recueils» de 3h15 chacun, deux ensembles formés de bribes de vie quotidienne, des morceaux de vie de personnes ordinaires des années 40 jusqu’à aujourd’hui. Ce spectacle, surprenant pour cette compagnie de théâtre qui était jusque là connue pour ces pièces exotiques, antiques, colorées… bref loin du quotidien, est un hommage aux p’tits riens de la vie qui constituent en vérité la majeure partie de notre existence. Loin des grandes idéologies ou des grands discours, c’est pourtant en allant dans l’aussi intime que la troupe réussit à toucher une fibre de vérité universelle rarement atteinte dans un théâtre. Physiquement, le plateau reste presque toujours dépourvu de décor, mis à part ces palettes rondes sur roulettes emmenées des coulisses par des «pousseurs» à la vue de tous et qui continuent à les tourner sur la scènes tant que dure la séquence. Sur ces disques mouvants se retrouvent des bribes de réel, des pans de décors tirés du quotidien et recréés fidèlement avec tous les accessoires nécessaires (une chambre d’enfant aura tous les objets et les meubles que l’on s’attend à voir dans une vraie, etc.). Les comédiens, habillés le plus réalistement possible, montent sur ces disques quand ils en ont besoin, tournant alors avec le reste du disque et permettant ainsi aux spectateurs des deux estrades de bien les voir mêmes si eux-mêmes restent immobiles. Avec une trentaine de comédiens (dont au moins 5 enfants), c’est une cinquantaine de séquences qui nous sont montrées les unes après les autres, ce qui permet de faire parfois des liens entre elles. Tel personnage est parent de tel autre, telle histoire a engendré telle autre histoire, etc. À la fin, nous avons donc une toile où beaucoup des séquences sont liées entre elles, mais pas toutes. Comme si malgré tout des morceaux de vie restaient quand même indépendants des autres. C’est peut-être aussi dû à la méthode de création de cette pièce, puisque huit mois de préparation ont été nécessaires aux 30 acteurs et au reste de l’équipe pour improviser, s’informer, discuter, proposer et épurer, partant de leur propre expérience pour arriver à former ce «récit intime à tente voix».
Malgré tout, il faut comprendre que ce qui rend une première visite au Théâtre du Soleil marquante, ce n’est pas tant la pièce qui sera jouée mais l’esprit de communauté dans lequel c’est présenté. Déjà, je vous ai mentionné que c’est le musicien en chef qui m’a déchiré mon billet. Je n’en était pas tant surpris car je pensais que ça serait Arianne Mnouchkine elle-même qui le ferait, comme à son habitude. La nourriture et les boissons qui nous ont été servies l’était souvent par les comédiens de la troupe qui allait jouer quelques minutes plus tard sur la scène. Les enfants du spectacle sont en fait les enfants des membres de la troupe, qui non seulement jouent dans la pièce mais mettent aussi la main à la pâte pour servir les spectateurs et s’assurer du bon déroulement de l’évènement. Arianne Mnouchkine elle-même est présente aux représentations et restent parmis les spectateurs, disponible aux discussions et aux commentaires. Les loges des comédiens ouvertes aux regards curieux du public sont aussi dans le même état d’esprit: que l’on soit jeune ou vieux, acteur ou spectateur, célèbre ou inconnu, nous restons tous des humains qui sommes là pour passer un bon moment ensemble.
Faire une visite au Théâtre du Soleil, c’est apprendre une grande leçon: en toute circonstance, il faut rester humble et ouvert aux autres.
Longue vie au Soleil !
Pour ceux qui en veulent plus, je vous conseille cet article de Béatrice Piccon-Vallin sur la pièce, juste à gauche d’une critique élogieuse qu’a écrite le metteur en scène russe Lev Dodine (oui oui : le même qui a fait Vie et Destin dont j’ai parlé dans un autre article).
2 commentaires jusqu'à présent
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JE SUIS EXTREMEMENT JALOUX!!!!! En passant, j’ai presque fini de couper wouf-wouf, je t’envoie dans une semaine le texte et les details pour le dossier a monter.
Ciao.
Louis
Commentaire par Louis-Philippe 31 mars 2008 @ 12:18Je te comprends tellement quand tu parles des rêves qu’on réussit parfois à réaliser ! Et ça nous rend tellement heureux n’est-ce pas ? Parlant de ça, demain matin (mardi) je me rends à CKOI pour aller voir Guy afin qu’il autographie mon cadre dans lequel j’ai mis ma première photo en sa compagnie !!! YYYÉÉÉÉÉ !!! C’est super que tu prennes à ce point le temps de décrire tes aventures et les spectacles auxquels tu assistes. C’est en effet une grande chance d’avoir vu un opéra à Garnier (que je n’ai vu que de l’extérieur !!) ainsi qu’à ce FAMEUX Théâtre du Soleil ! Continue à profiter de la France à 200% ! On est une bonne gang à t’envier ici, mais à s’ennuyer aussi ! xxxx
Commentaire par Sophie D 31 mars 2008 @ 3:43