Je dois vous avouer me suis payé un très beau trip d’intellectuel. Allant encore une fois à la Cartoucherie au Théâtre du Soleil (voir mon article sur Les Éphémères) par la navette spécialement désignée au transport des spectateurs, je me rends aux mythiques hangars pour assister cette fois-ci non pas à une pièce de théâtre, mais à une lecture d’un extrait de roman. Je sens venir la question : « mais pourquoi diable payer (et même cher !) pour quelque chose que tu peux lire toi-même ? ». C’est que les lectures publiques, lorsqu’elles sont bien interprétées (car cela exige autant de talent d’interprétation qu’au théâtre selon moi) peuvent vraiment multiplier l’impact d’un texte, surtout s’il est solide. Et là mes amis, c’était du béton !
Patrice Chéreau, metteur en scène bien connu en France, nous a lu La légende du Grand Inquisiteur, un extrait des Frères Karamazov de Dostoïevski. Cet extrait raconte la rencontre fabulée du Grand Inquisiteur de Séville avec nul autre que Jésus Christ revenu sur terre au XVIe siècle. En gros, Jésus revient sur terre parmi les Hommes, ressuscite devant la foule une fillette de 7 ans puis se fait arrêter et mettre au cachot par la garde du Grand Inquisiteur. Celui-ci lui rend visite un peu plus tard dans sa cellule pour lui parler, ou plutôt pour déverser sur lui toutes la haine et toutes les amères critiques qu’il a pu accumuler en 90 ans de vie envers les contradictions entre la parole de Dieu et la nature des Hommes. Il le menace même de l’emmener le lendemain sur la place publique afin de le mettre au bûcher, et il est convaincu que la même foule qui était tout à l’heure à ses pieds sera volontaire pour alimenter le brasier.
Je vous conseille fortement de lire cet extrait, qui est une critique aussi froide qu’intelligente d’un homme face à l’Église et à Dieu.
La mise en place de Chéreau pour sa lecture était toute simple. Sur l’immense scène du Soleil, une longue table et deux chaises en bois était tout ce qu’il y avait comme décor. Seul face à une salle remplie à craquer de spectateurs (il n’y avait qu’une seule représentation), l’homme de théâtre, habillé en tenue de ville et jetant un coup d’œil furtif à son texte de temps en temps, nous a complètement embarqué dans son histoire d’une heure et quart. Ayant « assis » son prisonnier sur l’une des chaises, il la tournait quelque fois pour lui «faire voir» les spectateurs, ces Hommes qui malgré son enseignement vieux de 20 siècles ne sont toujours pas sauvés. Bref, une superbe performance qui lui a valu à la fin un long «standing ovation» (plutôt rare chez les Français !) bien mérité.
Et avant de partir de ce lieu qu’on ne voudrait jamais quitter, un petit verre de vin rouge, le temps de savourer encore un peu plus longtemps l’ambiance à la fois décontracté et mystique de cette salle « aux milles bouddhas », où même Mnouchkine et Chéreau mangent et discutent simplement parmi la foule…
2 commentaires jusqu'à présent
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Wow, je n’ai qu’un mot à dire wow.
Tu sais que tu nous met des rêves plein la tête.
J’espère que tu passe un superbe voyage.
On a hate de te revoir.
Luc
Commentaire par Luc 9 avril 2008 @ 9:44[...] la lecture publique du Grand Inquisiteur au Théâtre du Soleil auquel j’ai consacré un article de ce blogue), la scène était totalement dépourvue de rideau et les colonnes de la salle était [...]
Ping par Une pièce aux deux jours éloignent le psychanaliste pour toujours… « Guillaume à Nanterre 21 avril 2008 @ 5:09