Guillaume à Nanterre


Les Giboulées de la marionnette de Strasbourg
9 avril 2008, 2:51
Classé dans : Escapades, France, Spectacle

Je vous ai déjà dit que j’aimais les spectacles de marionnettes ?

Il faut savoir que contrairement à ce que pense la majorité des gens, la marionnette n’est pas juste pour les enfants.  Elle peut aussi se montrer parfois violente, sensuelle, dépravée ou même réfléchie.  Elle permet surtout de multiplier encore plus les possibilités d’évocation scénique que le peuvent les acteurs en chair et en os, pouvant aisément changer de forme à volonté, être morcelée ou voler. 

À Strasbourg, le Théâtre Jeune Public organisait donc sa 19e année de festival de marionnette.  Se déroulant sur deux semaines, j’y suis allé à la fin de semaine de clôture.  J’ai néanmoins assisté à quatre spectacles assez différents les uns des autres, tous quatre destiné à un public adolescent et adulte.  Les voici dans l’ordre que je les ai vus.

Mon premier spectacle me réserva une assez bonne surprise.  Réservant (encore!) mon billet un peu trop vite, je ne m’était pas rendu compte qu’il allait être présenté en version originale allemande sans surtitre !  Moi qui ne connaît que ja, nein et volkswagen, ça promettait d’être périlleux ! Le titre français Macbeth pour débutants m’avait quand même attiré… surtout quand l’on sait que ça allait être joué avec Guignol et des marionnettes à gaine !  La pièce, créée par la compagnie allemande Thalias Kompagnons, part sur le concept que Guignol veut jouer la pièce de Macbeth mais sans être aidé par son lourdaud de marionnettiste… Il demande donc aux autres personnages qu’il croise s’ils veulent bien l’aider, et même s’ils ne sont pas toujours d’accord, ils viennent sans le vouloir à recréer les évènements qui se passent dans l’œuvre de Shakespeare, Guignol finissant pas assassiné lors d’une nuit sans lune son propre marionnettiste !  Une pièce jouée assez classiquement, malgré quelques innovations contemporaines et jeux sur les conventions, les marionnettes étant conçues volontairement très simple (j’aurais pu les faire moi-même !) et la parole ininterrompue de Guignol étant le cœur de l’action (quoique j’aie pu comprendre…).

Le Cabaret plus tard en soirée termina bien ma première journée de festival.  Rassemblant des marionnettistes aux styles très divergents, il s’étendait sur deux soirs et permettait de clore en beauté le festival.  Le clou du spectacle fut Yeung Fai, artiste chinois recréant sur une table avec ses petites poupées toutes les prouesses physiques que l’on peut voir à l’Opéra de Pékin !  Duels, combats contre des animaux sauvages et jonglerie de haute voltige impressionnaient autant que si nous les avions vu grandeur nature.  Il faut mentionner aussi l’excellente performance d’un autre artiste dont j’ignore le nom et qui nous a montré le même numéro deux fois.  La première derrière son castelet avec une marionnette à gaine interagissant avec la main de son maître, puis la deuxième fois en enlevant à la fois le revêtement du castelet et sa propre marionnette, ce qui fait qu’on le voyait se concentrer à refaire tout le numéro physiquement sans aucun autre artifice que son propre corps.  Saisissant ! 

 Fini fini mettait seul en scène le clown triste du Français Damien Bouvet, de la compagnie Voix Off.  Dans un univers poétique, entre le berceau et la tombe, il évoquait au fil de ses interactions avec la foule d’objets hétéroclites qu’il apportait sur scène des thèmes comme la mort, le sexe, la beauté ou la futilité du spectacle.  Dans une ambiance rappelant les Vanités baroques, le spectacle restait un peu trop hermétique, n’ayant pas vraiment d’histoire et surtout se constituant d’une suite de moments et d’images dont on ne saisit pas tout à fait le sens.  Mais j’avoue que quelques images me resteront longtemps en mémoire, comme le moment où déguisé en dodo, le clown pond un oeuf dans un bac rempli de farine et découvre en le sortant de là qu’il s’agit en fait d’un crâne, le manipulant alors comme un bébé naissant.  Wow…

Je dois dire par contre que mon coup de cœur du festival fut la toute dernière pièce: La flûte enchantée – un examen avec les marionnettistes allemands de Thalias Kompagnons et l’ensemble musical Kontraste.  Reprenant le drame musical de Mozart, 8 musiciens classiques, un contre ténor et deux marionnettistes allient leurs talents pour créer se spectacle aussi éclectique qu’entraînant.   Le castelet, placé à l’horizontal, est filmé par une caméra accrochée au-dessus de lui, ce qui force les artistes à jouer avec leurs personnages en les laissant couchés.  Le tout est ensuite transmis en direct sur un écran géant trônant au-dessus de la scène, permettant au spectateur de voir simultanément l’image finale et le dispositif permettant sa création.  Encore joué en allemand mais cette fois-ci avec des surtitres en français, les deux marionnettistes surprenaient encore une fois avec leurs marionnettes à gaines simplissimes et leurs personnages découpés dans le papier !  Avec un look rétro de vieux décor de pastorale en carton et des personnages semblant sortit de vieilles lithographies pour enfant, l’humour n’était jamais exclu et la légèreté du drame très bien rendu par le procédé scénique.  Soutenu en plus par l’imposante musique jouée sur scène, ce fût un opéra pour Guignol !  Bref, un succès complet ! 


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