Guillaume à Nanterre


Krakow & Crikoteka
7 mai 2008, 6:34
Classé dans : Escapades

(Ici continue la dernière escapade (du moins à ce jour) de notre reporter ahuntsicois alors qu’il quitte la Bohème pour arriver au pays des Polonais…)

15 heures de bus.  C’est ce que ça m’a pris pour aller de Prague à Cracovie, pourtant distantes en voiture de 480 km…  La raison est fort simple: lorsque je me suis présenté au bureau d’Eurolines (LA compagnie de bus quand vous voyagez en Europe) à Prague, la très jolie préposée m’a indiqué qu’il n’y avait plus de places disponibles pour le direct Prague-Cracovie, ce qui m’a obligé de passer par Varsovie la capitale (un voyage de 600 kilomètres) pour revenir ensuite sur mes pas avec les autobus locaux…

Arrivé enfin à bon port, je réussis à rejoindre Asia (prononcer «Ashia»), une charmante Polonaise qui a accepté de m’héberger chez elle le temps de mon séjour (encore une fois, merci Couchsurfing !).  Accompagnée d’un Turc qu’elle héberge en même temps que moi, elle me demande quelques minutes après nos premiers bonjours : « Ça te dirait d’aller à Auschwitz ? ».  

Il faut dire que le camp de concentration de la Deuxième Guerre Mondiale est à environ 1h30 de train ou d’autobus de Cracovie, ce qui le rend facilement accessible pour les touristes de la région (et un peu moins pour ceux qui viennent de se taper 15 heures de trajet!).  Néanmoins, nous y arrivons vers le coucher du soleil, alors que les derniers groupes de touristes s’en vont et nous laissent seuls face à ce monument de toutes les cruautés et toutes les souffrances humaines.  Ici, les murs ne parlent pas : ils crient.  C’est la raison du si peu de mots de mon article précédent : rien ne peut être ajouté, on connaît déjà l’histoire.  Mais le fait d’y être physiquement, de se retrouver dans la chambre à gaz où tant d’innocents ont été massacrés, ça empêche tout bonnement d’agir et de réfléchir normalement.  Les sensations, les images restent.  Puissament.  Et c’est donc le meilleur moyen que j’ai trouvé pour vous partager un peu le poids sur l’âme et sur le coeur que j’avais en circulant parmis les bâtiments de briques cernés de grillages électrifiés.  Disons que le slogan « Arbeit Macht Frei » sur la porte d’entrée est l’une des ironies les plus cruelles que je n’ai jamais entendues…

De retour à Cracovie et après un somptueux souper-spaghetti-sauce-tomate-fromage-vin-rouge, Asia nous propose d’aller se dégourdir les jambes et le bassin au « Kitsch », un club dans le centre-ville.  Il ne faut pas confondre ce dernier avec le centre-ville nord-américain, plein de gratte-ciel et d’avenues à quadruples voies.  Non: en se rendant au club, je découvre à mon grand plaisir un petit quartier historique presque entièrement piétonnier (les voitures peuvent y entrer mais n’osent presque pas) à la fois bourré de belles bâtisses et égayé par un night-live dynamique composé de bars et de clubs aux goûts les plus divers.  Wow !  Et avec en plus des tramways comme transport en commun, que demander de plus ?  Nous dansons donc toute la nuit, ce qui permet aux oiseaux déjà éveillés à 5h00 du matin de voir trois comparses plutôt démolis par l’alcool et la fatigue prendre le premier tramway de la journée pour regagner le lit qui occupe toutes leurs pensées du moment…

Je n’ai pas besoin de vous expliquer pourquoi il a fallu que 15h00 sonne pour que je quitte enfin la maison pour découvrir la ville !  Même que Asia, pleine de bonne volonté au départ, a renoncé finalement à m’accompagner dans mon périple pour récupérer de la veille…  C’est donc seul que j’ai mieux découvert cette ville qui figure maintenant dans mon plamarès des endroits dans le monde où je voudrais le plus vivre.  Ville d’étudiants pour ses universités et ses bars, ville d’artistes pour ses galleries et surtout ses théâtres. Tadeusz Kantor, un plasticien et metteur en scène mort en 1990 qui a beaucoup apporté au théâtre contemporain et qui reste un de mes modèles dans ce domaine, y a vécu et travaillé longtemps.  Sa compagnie avait un lieu de création et de diffusion appelé Théâtre Cricot 2.  Aujourd’hui, plusieurs sections de sa « Cricothèque » son disséminées un peu partout dans la ville, et bien sûr tout était fermé le jour de ma visite…  Le 3 mai est une fête nationale pour les Polonais, ce qui innonde les rues de fêtards de tout âge mais ferment systématiquement tous les lieux intéressants autres que les bars ou les restaurants.  J’ai quand même pu descendre dans l’une des galeries sous-terraine où Kantor a fait certaines de ses pièces, puisque les lieux appartiennent maintenant à un club qui était ouvert au moment de mon passage !  Voici la photo de ma trouvaille (de mauvaise qualité mais oh combien émouvante pour le théâtreux que je suis !) :

Le soir venu, après avoir flâné autour du château surplombant la ville, je m’aventure dans le Kasiemier, le quartier historique juif de Cracovie.  Ici, je retrouve une partie de la puissante impression que j’ai eu lors de ma visite au camp de concentration: en voyant les murs des synagogues et des bâtiments noircis et suant l’Histoire de la ville, je me rappelle qu’Auschwitz n’est loin ni dans l’espace ni dans le temps.  Durant la Deuxième Guerre Mondiale, 90% des juifs de cette ville ont été assassinés, les autres ont fui.  Comme belle commémoration, on peut par contre souligner que c’est ici que Steven Spielberg a tourné sa Liste de Schindler… 

Je rejoins après un groupe de Couchsurfers qui s’étaient donné rendez-vous au bar le « Tram », ce qui me permet d’avoir une discussion sur l’existence de Dieu et de la vie après la mort avec une Polonaise qui elle va fréquemment à la messe du dimanche avec ses parents et garde malgré son jeune âge une foi religieuse assez surprenante selon nos barèmes Québécois…  J’adore les voyages qui permettent ce genre de rencontre !

Le lendemain se fait dans le train, l’autobus, l’avion et le métro.  Bref, c’est l’inévitable retour.  Rien de vraiment palpitant dans cette autre journée de transport, sauf peut-être la désagréable image de voir les mères polonaises fumer leurs cigarettes dans les cabines exigües de la deuxième classe du train en face de leurs enfants, sans qu’aucune aération digne de ce nom ne soit présente… comme quoi les mentalités ne sont pas les mêmes partout dans le monde ! 

Mais finalement, c’est ça les voyages : un pas vers l’Autre… 

(Encore d’autres photos de Cracovie sont disponibles dans mon désormais fourni album virtuel)


Pas encore de commentaires jusqu'à présent
Laisser un commentaire



Laisser un commentaire
Retour à la ligne et paragraphes automatiques, adresse courriel toujours cachée, code HTML permis: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <pre> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>