Soyez heureux, ô peuple ! Votre Bacchus-à-lunettes s’est de nouveau remis à son orgie théâtrale !
Décidant de ne pas rater une occasion de revoir une oeuvre du metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski, dont j’ai vu dernièrement un spectacle qui m’avait laissé sur ma faim (Angels in america, vous vous souvenez ?) mais qui reste si encensé par la critique française que je restais curieux de voir autre chose de lui, j’ai décidé comme ça d’aller à l’Opéra de Paris un lundi soir.
Sachant qu’il reste toujours des billets moins chers qu’on peut acheter le soir même, j’arrive tôt au Palais Garnier et j’attends longtemps… Lorsque finalement j’arrive devant la vendeuse de la billetterie :
- Un billet étudiant pour le spectacle de ce soir.
- Parfait, ça fera 25€.
- 25€ ! Euh, je pensais qu’il y avait des places moins chères…
- Oui, mais là vous avez fait la file d’attente pour les billets de dernière minute. C’est 25€ pour des places de parterre invendues qui coûtent 130€ normalement…
Pour une fois, le principe commercial du « oui mais c’était en solde ! » a opéré sur votre chroniqueur. 25€ et quelques minutes plus tard, je me retrouve au siège 273, en plein centre au parterre de LA salle d’opéra parisienne… J’étais déjà venu voir un spectacle là (The Rake’s Progress avec Olivier et Manon, si vous suivez bien… je ferai un quizz à la fin de mon séjour !), mais être comme ça à la place des princes, ça vous fait redécouvrir un endroit du tout au tout ! Avec l’entracte passé dans le grand foyer digne d’une salle de bal du château de Versailles et le balcon à l’extérieur donnant sur le tout-Paris, je me sentais comme l’un de ses dandys de la Dame aux camélias…
Mais je n’ai rien dit encore sur le spectacle lui-même !
Iphigénie en Tauride est un tragédie lyrique de Christoph Willibald Gluck qui a été présenté pour la première fois en 1779 à l’Opéra de Paris. Il est repris cette fois-ci par Warlikowski (qui l’a d’abord fait en 2006, puis qui le reprend maintenant dû à son succès grandissant), ce dernier n’ayant pas hésité à s’approprier l’oeuvre en enlevant la présence des choeurs et des personnages secondaires de la scène, en dédoublant certains des rôles principaux (les femmes que vous voyez sur la photo incarnent justement toutes les deux Iphigénie) et en ajoutant un tas de « mimes », ou du moins des personnages qui n’intéragissent pas directement avec les héros de l’histoire mais ajoutent à leur manière de l’ambiance. On reconnaît ici la patte de Warlikowski, avec cette esthétique entre le cinématographique et le symbolique, le quitsch et le poétique. Vive le néon en tout cas ! Ouvrir ce spectacle néoclassique avec des pensionnaires en robe de chambre dans une maison de retraite, qui font les cents pas, jouent aux cartes et écoutent la télévision, pendant qu’une vieille Iphigénie a des prémonitions qu’elle calme avec un comprimé d’aspirine, c’est tout de même un tour de force… Tout comme voir plus tard un double d’Oreste nu qui massacre Clytemnestre sa mère jouée par quatre grosses quiquagénaires aux seins dévoilés… Avec l’orchestre symphonique et le choeur en plus devant la scène, c’était simplement majestueux. Je peux dire que grâce à ce spectacle, je suis pas mal réconcilié avec ce Cracovien.
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